
Sous l’intitulé « Zugänge – Ausgänge » (accès – sorties) naquirent deux tomes de l’édition FSB. D’une part, le tome n° 5 comprenant l’étude photograhique de Timm Rautert, illustrée par de contrastantes métaphores de l’homme de lettres Juergen Becker, et d’autre part, le tome n° 4, le Leporello, le recueil de poèmes de Peter Maiwald. Au départ, Otl Aicher était fort sceptique face au projet de Maiwald. Finalement il put s’y résigner : « Faites donc tranquillement votre recueil de poèmes farfelu » avait été l’un de ses commentaires les plus tendres. La forme de Leporello conçut par Sepp Landsbek lui avait pas mal plu finalement.
Comment une entreprise industrielle fait-elle pour rencontrer des poètes et hommes de lettres ? Dans le cas de l’étude photographique de Timm Rautert, ce fut Otl Aicher qui nous rapprocha par le biais de Hans Magnus Enzensberger de Juergen Becker. Il en fut tout autrement du tome n° 4 pour lequel nous prîmes nous-mêmes les choses en main en nous adressant directement au critique littéraire francfortois, Marcel Reich-Ranicki, honoré par les uns comme étant une véritable institution littéraire et calomnié par les autres pour son caractère de déchiqueteur. Celui-ci s’adressa à FSB le 27 août 1987, en affirmant pouvoir recommander volontiers un poète. « Or, il faudrait préalablement préciser les fonds prévus pour le travail ». Au cours d’une conversation téléphonique, nous pûmes nous entendre sur « le célèbre salaire de misère » des poètes et obtinrent en contrepartie l’adresse de Maiwald. Un an plus tard, Maiwald présenta à l’entreprise deux recueils de poèmes à la fois, l’un bien exigeant – que nous avons intitulé « Erwachsenengedichte » (poèmes pour adultes) – et l’autre un peu plus accessible. Nous l’avons intitulé « Kindergedichte » (poèmes pour enfants) – et avons opté pour ce dernier.
L’idée fondamentale du tome 4 avait été une parabole – concédons-le, plutôt osée. Ce que le poème est pour le langage, à savoir sa plus belle forme d’expression et parure, est somme toute comparable à la position de la béquille de porte sur la grande porte dénudée à planches. Or, l’ambition que nous portions à ce projet ambitieux gagna en intensité. En effet, à travers le tome de Maiwald, nous souhaitions contrer la « constante à la Enzensberg », à travers laquelle un recueil de poèmes ne pouvait jamais faire écouler guère plus de 1354 exemplaires (et que par conséquent la publication de poèmes n’en valait plus la peine de nos jours). FSB opposa à cette thèse la « relation floue de la Westphalie orientale », tout en sachant pertinemment que le recueil de poèmes de Peter Maiwald (tout comme l’ensemble des tomes de l’édition de FSB) allait trouver 6000 preneurs au bas mot. Hans Magnus Enzensberger accepta la défaite avec placidité tout en félicitant son confrère Maiwald pour ce prestigieux Leporello.